La recherche en ligne bascule des liens vers des réponses immédiates : avec ChatGPT, Gemini, ou Perplexity, l’utilisateur obtient l’essentiel sans cliquer, et la bataille passe de la position #1 à la citation #1. Fiabilité, visibilité, revenus : tout se recompose.
Cet article décrypte les enjeux, mesure les impacts et propose des pistes concrètes pour anticiper ce basculement.
Article Publié le 5 novembre 2025 sur LinkedIn par
Romain Bouvy - Fondateur | Formateur & Consultant @lineopi - Aider les entreprises dans leurs défis de transformation
Il est une utilisation de l’IA qui se généralise : la recherche sur Internet. Même si ces modèles n’avaient pas été conçus pour cela, de plus en plus d’utilisateurs s’en servent pour trouver de l’information.
Google a lancé Bard en mars 2023 (devenu Gemini), avec des capacités natives de recherche web.
ChatGPT (openAI), l’outil le plus populaire (lancé en Nov. 2022), a ouvert la recherche web d’abord aux abonnés (oct. 2023), puis plus largement en 2024.
Perplexity, Outil IA spécialisé dans la recherche WEb (lancé en Déc. 2022), s’est rapidement imposé comme référence dans le domaine dès fin 2023 (passant de 2,2 millions à 45 millions de visite)
Claude (Anthropic), réputé pour la rédaction, a ajouté la recherche web en mars 2025 pour rester compétitif face à ChatGPT, Gemini & co.
À l’inverse, certains modèles sans recherche web sont critiqués pour cette limitation (ex. Apertus, modèle suisse…).
Bref, la recherche web par l’IA est devenue une fonctionnalité incontournable : pour rester dans le jeu des IA généralistes, il faut la proposer… et savoir l’utiliser.
Cette bascule soulève des questions économiques (trafic, revenus, intermédiation), éditoriales (visibilité, pluralité) et éthiques (fiabilité, attribution).
Le trafic lié à l’IA a été multiplié par neuf entre 2024 et 2025. Les moteurs IA (ChatGPT, Perplexity, Gemini, Claude, DeepSeek) totalisent environ 1% du trafic de recherche internet.
📊 Etude SE-Ranking : Which platforms lead in AI traffic in 2025?, 08.2025
Le trafic issu de recherches IA pourrait dépasser celui des recherches par moteur de recherche traditionnel d’ici 2027-2029.
📊 Etude Semrush : Impact of AI Search on SEO Traffic, 07.2025
📊 Etude TooNetCretion : Recherche par IA vs Google, 06.2025
Nous passons d’un web où l’on clique sur des liens à un web où l’on reçoit directement une réponse.
Pour l’utilisateur, c’est plus simple et rapide : 1 réponse bien formulée plutôt que 20 onglets ouverts. 😇
Pour les sites internet, c’est un choc d’attention : moins de clics, moins de visites, et un modèle d’acquisition à repenser. 🤯
Le trafic organique vers les sites d’info a chuté de 26 % depuis l’arrivée des « AI Overviews » de Google (synthèse IA affichée en haut du moteur de recherche), tandis que les requêtes « actu » adressées à ChatGPT ont bondi de +212%
📊 Etude Similarweb : The Impact of Generative AI on Publishers, 2025
Quand Google affiche une synthèse IA sur le haut de son moteur de recherche, les utilisateurs cliquent deux fois moins souvent sur des liens (8 % des visites avec synthèse vs 15 % sans) et terminent plus souvent directement leur recherchent (26 % vs 16 %).
📊 Etude Pew Research Center : Do people click on links in Google AI summaries? 07. 2025
Quand la réponse s’affiche avant les liens, la bataille ne se joue plus seulement sur la position #1 Google, mais sur la citation #1 par l’IA. Cela change :
👉 la visibilité (qui voit votre contenu),
👉 la crédibilité (qui est reconnu comme source),
👉 et l’économie (qui capte la valeur).
Le CHALLENGE d’une visibilité encore plus opaque
La recherche web pilotée par l’IA ajoute une surcouche de sélection au-dessus des moteurs déjà complexes : complexité/opacité accrue dans les critères d’éligibilité et de référencement des algorithmes.
💥 Résultat : Devenir ou rester visible et comprendre comment l’être devient plus difficile.
Réponse unique = moins de visites : si l’IA fournit directement une réponse, l’utilisateur clique rarement, et votre site n’est presque plus visité.
Effet cumulatif sur le ranking : si vous peinez déjà à “ranker” sur Google, la couche IA ajoute un filtre qui accroît le risque d’invisibilité.
Opacité décisionnelle : choix des sources, critères de sélection et de pondération restent difficiles à lire, rendant votre stratégie de visibilité plus incertaine.
🔎 Le centre de gravité passe de la position #1 à la citation #1 : l’enjeu n’est plus seulement d’apparaître, mais d’être retenu comme source par l’IA.
Comment garantir notre présence dans ces réponses, alors que les règles de sélection demeurent largement non transparentes ?
Le DEFI d’une réponse rapide… vraiment juste ?
La recherche web pilotée par l’IA promet une réponse instantanée, mais elle peut aplatir la pluralité et l’exhaustivité des points de vue et masquer qui dit quoi. Sans attribution claire ni traçabilité, difficile d’évaluer la qualité de l’information fournie.
💥 Résultat : plus la réponse est fluide, plus le risque d’erreur, de biais ou d’obsolescence augmente si les sources ne sont pas visibles et/ou vérifiables.
Pluralité réduite : une réponse unique tend à lisser le débat et à effacer les voix minoritaires ou contradictoires.
Vérifiabilité fragile : Sources incomplète et traçabilité limitée (lien, date, auteur, méthode… difficile de remonter aux études primaires).
Qualité incertaine : biais, hallucinations, contenus obsolètes ou mal contextualisés (droit, santé, tarifs locaux) peuvent produire des réponses convaincantes mais fausses.
🔎 Le centre de gravité passe de la vitesse à la vérifiabilité : l’enjeu n’est plus d’obtenir une réponse, mais d’obtenir une réponse sourcée et contrôlable.
Comment s’assurer que nos contenus et nos décisions s’appuient sur des sources identifiables, datées et auditables, et non sur une synthèse non vérifiable ?
Le CHANGEMENT DE PARADIGME : Moins de clics… mais plus de ventes dans l’IA ?
Les IA retiennent l’utilisateur dans leur interface : les sites sont donc moins visités. Mauvaise nouvelle pour ceux qui vivent du trafic et de la pub (moteurs de recherches, médias/contenus, marketplaces)… mais excellente opportunité si vous pouvez vendre ou capter le lead directement dans l’IA.
💥 Résultat : érosion des revenus basés sur le clic, transfert de valeur vers les interactions "in-chat", recomposition du pouvoir entre anciens intermédiaires (marketplaces) et nouveaux gatekeepers (IA).
Moins de clics = revenus historiques sous pression : baisse des revenus pub/affiliation pour éditeurs, affiliés et places de marché.
Vente directe & nouveaux revenus si vous êtes “IA-lisibles” : l’IA peut vous envoyer le client ou déclencher un achat instantané ; côté contenus: licences/partages de revenus possibles.
Paradoxe des positions dominantes : Moins d’intermédiaires mais de nouveaux “gatekeepers” : l’achat via IA réduit la dépendance aux grands intermédiaires (marketplaces comme Amazon, Booking, Expedia…), mais les nouveaux acteurs IA, moins nombreux, pourraient concentrer davantage la richesse et le pouvoir de curation.
🔎 On passe du volume de clics à la valeur de chaque interaction : être cité ou achetable dans l’IA devient la clé du modèle.
Où perdons-nous de la marge aujourd’hui, et que devons-nous structurer (données produits, preuves, conditions) pour vendre via l’IA – sans créer une nouvelle dépendance à de nouveaux “gatekeepers” ?
Des accords, des intégrations… et un web qui devient conversationnel
Ce n’est pas théorique : Bon nombre de plateformes du web ont des accords de licence pour encadrer citation et rémunération des contenus utilisés par les IA. Pour ne citer qu’eux :
Médias : des groupes comme TIME, Los Angeles Times, The Independent, Le Monde, Der Spiegel, El País nouent des accords avec Perplexity et/ou OpenAI : contenus cités, liens vers les articles originaux, partage de revenus, et limites posées sur l’entraînement des modèles.
Réseaux sociaux : intégration de la recherche web par IA directement dans les apps (ex. Truth social avec Perplexity, projets IA de Meta) pour renforcer la découverte au sein des écosystèmes sociaux.
Écosystèmes & outils : la recherche IA s’embarque partout — Squarespace, AWS, PayPal, Slack, Getty Images, Notion, Zapier, WordPress, Medium, Poe, Khan Academy, Coursera, ou encore des navigateurs (Arc, Brave AI Tabs) — afin d’offrir des réponses "in-context" là où l’utilisateur travaille déjà.
La direction est claire : organiser la citation, monétiser l’usage via des licences, et élever la qualité/traçabilité des sources, dans un web devenu conversationnel où l’accès à l’information live est un prérequis d’expérience client et de compétitivité.
71 % des consommateurs souhaitent que l’IA générative soit intégrée dans leurs expériences d’achat
📊 Etude Capgemini : What matters to today’s consumer 2025, 01.2025
Le CHALLENGE d’une visibilité encore plus opaque
La visibilité ne dépend plus seulement de Google : il faut apparaître dans la réponse IA et côté commerce, être achetable directement dans l’IA.
🎯 Objectif: Devenir la source citée (contenus) et/ou la référence trouvable & achetable (produits).
À quoi faire attention: Clarté d’intention (1 page = 1 question), preuves visibles, balisage technique, mesure (taux de citation, trafic agents).
Quoi faire
Passer du SEO au GEO (Generative Engine Optimization) : Les entreprises qui écrivent uniquement pour des mots-clés risquent l’invisibilité ; celles qui rédigent pour répondre clairement à une intention (preuves, structure, sources) ont bien plus de chances d’être retenues et citées par les IA.
Rendre vos produits visibles dans l'IA (commerce conversationnel) : Candidater au programme marchand des IA en fournissant les détails de vos produits (titres, attributs, prix, stock) – ex : pour enregistrer vos produits dans ChatGPT https://chatgpt.com/fr-FR/merchants/.
Mesurer : Suivre l’évolution des actions entreprise et de l'impact des recherches IA sur votre traffic/vente directe
Les IA donnent une réponse unique et rapide… parfois incomplète ou peu nuancée.
🎯 Objectif: Gagner du temps sans perdre en fiabilité ni en pluralité des points de vue.
À quoi faire attention: Sources citées, date des infos, biais (commercial, culturel, méthodologique).
Quoi faire
Vérifier qui est cité et quand l’étude a été publiée.
Croiser 2–3 sources (média reconnu + rapport institutionnel/PDF).
Remonter à l’étude primaire pour les chiffres sensibles.
Demander à l’IA : limites, contre-arguments, méthodologie.
L’IA ne remplace pas le web : elle réorganise l’accès à l’information. Ceux qui seront clairs, sourcés et structurés gagneront en visibilité dans les réponses ; les autres auront du mal à émerger. Le jeu passe de la position #1 à la citation #1 — et la préparation au commerce conversationnel devient un levier concret.
Les impacts seront économiques, sociaux et démocratiques. Nul besoin d’être Nostradamus pour voir que cela change déjà nos habitudes : d’où l’importance de sensibiliser, de se former à l’IA tout en cultivant une pensée critique, d’adapter nos modes d’apprentissage et nos compétences relationnelles, et d’avancer sur des règles du jeu claires.
L’IA ne « passera pas au-dessus » de l’humain du jour au lendemain ; en revanche, le risque d’une pensée paresseuse à grande échelle est bien réel — à nous d’y répondre par l’exigence et la méthode.
Vous vous êtes surement demandé, à quelle point cet article a été écrit par l’IA ?
Réponse simple : j’ai posé 80 % de la matière (angle, structure, exemples, messages clés), puis j’ai itéré et affiné avec l’aide de l’IA pour challenger et accélérer la reformulation, la mise en forme et la vérification de certains points. Je le répète souvent :
l’IA est un excellent assistant, mais un très mauvais maître !
Autrement dit, l’IA n’assiste que l’exécution (aller plus vite, être plus clair), sans remplacer le jugement, la responsabilité ni la nuance nécessaires à ce type de contenu.